Cher(e)s Ami(e)s,

La prise en charge globale est une préoccupation grandissante dans tous les domaines de la santé, et concerne toutes les tranches d’âge.

Le chemin à parcourir reste cependant long et sinueux, tant les résistances sont encore tenaces. Pourquoi autant de difficultés à considérer les patients comme une personne dans sa globalité et non comme un patient ou à fortiori comme une pathologie ? Favorisant ainsi un véritable «saucissonnage » de la prise en charge délétère à une bonne alliance thérapeutique.

La réponse tient probablement dans une conjoncture de plusieurs facteurs. Certains sont en lien avec la difficulté qu’ont certains patients atteints de pathologie mentale et de troubles du spectre autistique, à exprimer leurs maux, ou qu’ils l’expriment avec des mots qui sont les leurs, que nous avons parfois du mal à décoder. Certains sont en lien avec l’organisation des soins et parfois l’attitude des soignants que nous sommes qui ne facilite pas toujours l’accès aux soins à ces personnes que l’on décrit comme « vulnérables ». Et encore, ceux dont la prise en charge est hospitalière, sont probablement un peu plus « privilégiés » par rapport à ceux uniquement suivis en ambulatoire.

Où sont les solutions ? Plusieurs pistes doivent être développées, parmi lesquelles :

  • L’amélioration de la sensibilisation des patients et de leur entourage autour de la prise en charge de leur santé.
  • Un meilleur accompagnement des familles dans le parcours de soins.
  • L’adaptation des filières de soins au handicap, que représentent la pathologie mentale et le trouble du spectre autistique. Comment ? Certaines initiatives convergent dans cette direction : la création du premier Centre Régional Douleur et Soins Somatiques en Santé Mentale et Autisme à l’EPS Barthélémy Durand (Etampes), et d’autres projets sont sur la rampe de lancement. L’idée principale étant de faire converger le soin vers le patient et non l’inverse.
  • Une meilleure information et formation des soignants. Cela implique un renforcement de la sensibilisation des personnes travaillant dans le champ de la santé mentale, des co-morbidités somatiques et de leur prise en compte. Cela implique aussi de modifier le regard des autres acteurs de santé sur la pathologie mentale.
  • Le développement d’une politique de santé plus globale des patients suivis seulement en ambulatoire.

Il convient également de souligner l’importance d’une meilleure connaissance des processus complexes du phénomène douleur chez les personnes souffrant de pathologies mentales et de troubles du spectre autistique. En effet, elles peuvent exprimer une souffrance dans un langage qu’il nous est souvent difficile de décoder. Nos difficultés à les déchiffrer peut nous laisser penser, que ces personnes ne souffrent pas ou souffrent moins que les autres, mais nous savons maintenant parfaitement qu’il n’en est rien. Nous ne pouvons donc plus ignorer cette particularité d’expression de la douleur et ne pas agir en conséquence. L’enjeu est bien trop important.

Pour tout cela, l’ANP3SM, œuvre depuis 2002, date de sa création à la Roche-sur Yon. Depuis nous pouvons nous féliciter que cette association soit reconnue société savante. Les congrès qu’elle organise annuellement font référence dans le domaine et attire de plus en plus de professionnels soucieux d’évaluer leurs pratiques, de les faire partager. Le site de l’association témoigne de cette évolution qui a été rendue possible grâce aux professionnels de santé impliqués, aux patients qui nous apprennent tant, à leurs familles, notamment par le biais des associations tellement actives et à l’ensemble des partenaires nationaux (établissements de soins, associations d’usagers, universités, sociétés savantes, fondations…) mais également à l’international (AMP : Association of Medicine and Psychiatry).

Tout cela représente beaucoup d’efforts, mais il faut être lucide : nous n’arriverons à mettre fin à la stigmatisation des personnes souffrant de pathologie mentale et de trouble du spectre autistique et à installer définitivement une vision plus globale de leurs soins qu’aux conditions sine qua none de renforcer l'alliance collaborative psychiatre-somaticien, d’associer les patients et leurs familles dans leurs prise en charge et de renforcer la sensibilisation de tous autour de la Santé, au sens très large du terme, de ces personnes.

Nous avons donc un devoir vis-à-vis de ces personnes, de continuer à agir ensemble pour que leur espérance de vie soit enfin comparable à celle de la population générale, en y associant des critères de qualité de vie.

Bien Amicalement,

Nabil HALLOUCHE, Président de l’ANP3SM